Cheveux crépus, arrêtons le massacre !

Lyvia Cairo, créatrice du site "Lyvia débloque !"

Sous le nom de Sandra Ganneval, Miss Grain de Poivre écrit également des romans et des nouvelles que vous pouvez retrouver à cette adresse :

http://sandra-ganneval.blog4ever.com/

 

 

 

 

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Bonjour, Lyvia ! Je suis vraiment ravie que tu aies accepté de répondre à mes questions, ce, pour plusieurs raisons : d’abord pour ton énergie et ton dynamisme que j’ai pu observer sur tes vidéos et à travers tes articles, pour ton action, ton travail de motivation auprès des femmes, ta façon de nous donner la pêche, l’envie d’avancer, de se dépasser. Je t’ai découverte il y a plusieurs années en furetant sur le net. Je suis tombée sur ton site qui s’appelait à l’époque jemecasse.fr. Plus tard, une collègue m’a envoyé un lien pour un séminaire que tu organisais : « Une vie sans lundi », il me semble, un lundi où je n’étais pas des plus motivée en arrivant au bureau. J’avais souri… Si je t’ai proposé cette interview, c’est parce que tu es une femme aux cheveux crépus, que tu assumes pleinement ta chevelure et que, apparemment, sur le plan professionnel, elle ne pose aucun souci.

 

Alors, entrons dans le vif du sujet, peux-tu te présenter en quelques mots ?

 

Je m'appelle Lyvia Cairo et je suis la créatrice du site lyviadebloque.com. Mon métier est de soulever les verrous qui nous empêchent de passer à l'action, et de libérer la créativité de mes lecteurs, de mes clients. Je fais ça en écrivant - des articles, des newsletters, des livres - et en animant des ateliers et des retraites dédiés à la créativité. J'accompagne également 'sur mesure', en fonction des projets qui me sont présentés. 

 

Es-tu une ancienne défrisée et si oui qu’est-ce qui t’a décidé à passer au naturel ?

 

Oui, je pense avoir été défrisée à partir de mes 12/13 ans. Je suis passée au naturel quand j'avais environ 21 ans je crois. Ce n'était pas du tout facile comme transition, j'étais assez habituée à avoir les cheveux lisses. Pourtant ils n'étaient jamais très beaux, et assez abimés. J'avais eu quelques expériences désagréables avec le défrisage (brûlures, plaques). Cela peut être assez barbare comme processus en fait. Je pense qu'avoir vu des personnes autour de moi le faire m'a finalement décidé à tester.

 

Es-tu passée par une douloureuse période de transition ou as-tu fait le choix du big chop ?

 

Alors là non, pas de big chop ! Je n'ai jamais eu les cheveux très courts. La transition n'était pas douloureuse, plutôt agaçante - j'ai les cheveux qui frisent beaucoup, du coup soit je faisais des vanilles (bouclées au fond, lisses au bout, trop bizarre), soit je lissais au fer complètement, puis je faisais tailler les pointes au fur et à mesure. J'ai arrêté toute source de chaleur depuis. 

 

Quelle est ta routine capillaire, si tu en as une ?

 

J'ai quelques principes, disons. Le premier, c'est de laisser mes cheveux tranquilles le plus possible. Je les manipule peu. 

 

La plupart du temps je les porte en afro - je les mouille le matin, je mets de l'huile (de coco en ce moment, mais je varie). Ou je mets l'un des produits Shea Moisture de la gamme 'Coconut & Hibiscus' - soit le lait, soit le spray. 

 

Je fais des twists out régulièrement, chaque semaine en fait, après mon shampoing. J'adore mes shampoings - ils sont de la gamme Aubrey Organics  qui est une marque anglaise.

 

Tous les trois mois environ, je fais des vanilles, très petites, pour ne pas avoir à les manipuler du tout pendant 3 semaines.

 

Le plus important pour moi, c'est leur hydratation. Je m'assure qu'ils ne sont pas trop secs.

Sinon à part ça, je ne suis pas quelqu'un qui me prend beaucoup la tête avec mes cheveux ! Je sais tresser, du coup je tente des coiffures de temps en temps. 

 

Vas-tu chez le coiffeur et si oui, qui s’occupe de tes boucles ? Accepterais-tu de nous donner son adresse ?

 

Je vais chez le coiffeur seulement pour tailler mes pointes, tous les 6 mois environ, et faire un bon soin au passage. Je n'ai toujours pas trouvé d'adresse à Paris qui me satisfasse complètement. J'ai testé plusieurs endroits, mais rien qui accroche. Je veux bien des recommandations !

 

A Londres, je suis allée chez Adornment365 - ce sont eux qui m'ont recommandé mes shampoings. Ils avaient bien pris soin de mes cheveux à l'époque.

 

As-tu été confrontée dans ta vie professionnelle à un rejet implicite ou explicite de la façon dont tu te coiffes, à des remarques désobligeantes ? Comment y as-tu réagi ?

 

Non, pas vraiment - à part les remarques courantes sur : j'adore tes cheveux, ma nièce a les cheveux comme toi, oh si je pouvais avoir les cheveux comme toi - un peu comme si c'était la chose la plus intéressante chez moi, ha !

 

Avant d'être entrepreneure, je les portais souvent lissés, ou attachés, ou en twist outs très organisés. J'avais - comme beaucoup - la sensation que sinon je ne serais pas vue sérieusement. Je pense aujourd'hui que j'aurais pu les porter plus librement. Quand je suis devenue indépendante, j'ai décidé de ne plus appliquer aucune source de chaleur à mes cheveux, car ça les avait abimés. Ils s'en portent mieux !

 

Y as-tu été confrontée dans ta vie personnelle ? Quelle a été ta réaction ?

 

Ma mère me demande de temps en temps pourquoi je ne défrise plus ! C'est vrai que la plupart du temps c'est un peu le fouillis là-dedans ! Ma réaction ? Je l'ignore ! Elle a de beaux cheveux bouclés et n'a jamais eu à se soucier de cela. Je lui explique que je préfère, et elle lâche l'affaire :-) 

 

A part ça aucune remarque malveillante - juste : Lyvia coiffe-toi ! - quand ils ne sont pas très soignés !

 

En fait, ne pas en prendre soin une journée peut virer à la catastrophe. C'est ce que j'ai appris avec les cheveux naturels : ils sont demandeurs de beaucoup d'attention.  

Sinon la plupart des personnes les aiment bien et on m'a déjà arrêté dans la rue - à ma grande surprise - pour me dire : j'adore tes cheveux !

 

Quels conseils donnerais-tu à une femme qui a envie mais qui hésite à rester naturelle par peur, justement, de la réaction de son entourage, qui pense que dans le monde professionnel, les cheveux crépus, ça ne fait pas sérieux… ?

 

Je lui dirais la même chose qu'à toute personne qui est bloquée dans son passage à l'action. Dans toute envie (de créer, de s'affirmer), la peur pointe le bout de son nez : on ne sait pas ce qui peut se passer, et si on sera en mesure de gérer ce qui va se passer.

 

En fait, il est très rare d'avoir très envie de quelque chose, et de ne pas avoir peur. Cela compte pour nous, c'est normal. 

 

Or, selon moi, aucune décision ne doit être basée sur la peur, car sinon, on ne fait rien !

 

Comprenez vraiment ce qui vous effraie, ce que ça signifie pour vous, les enjeux, notez-le, regardez-le dans les yeux... et faites-le quand même ! Ayez confiance dans le fait que vous saurez faire face à ce qui viendra.

 

Mince alors si on ne peut pas porter ses cheveux comme on veut !

 

Eh puis pensez à l'exemple que vous donnez : c'est parce que je l'ai vu faire que je me suis autorisée à le faire. C'est en s'affirmant qu'on rend le monde plus compréhensif et tolérant. 

 

Je peux comprendre les personnes qui considèrent le passage au naturel comme un acte militant. C'est une affirmation de soi.

 

Et si vous n'êtes pas concernée par le sujet, que vous avez les cheveux naturellement lisses, si vous voulez les cheveux bleus, ayez les cheveux bleus ! Qu'est-ce que ça fait, franchement ? Dans 150 ans, vous voulez qu'on se rappelle de vous comme 'celle avec les cheveux bleus' ou 'celle avec les cheveux normaux' ? 

 

Je ne sais pas si tu en as entendu parler mais, actuellement, en Afrique du Sud, à Pretoria, des jeunes filles noires sont confrontées à un racisme ouvertement affiché lié au fait qu’elles refusent de lisser ou d’attacher leurs cheveux crépus (1). On entend parfois que, dans le monde professionnel, des personnes sont confrontées à de la discrimination du fait de leur choix de coiffure, c’est arrivé, il y a quelques années, à un steward qui se tressait les cheveux (2). Qu’est-ce que cela t’évoque ?

 

Oui, je suis au courant de ces deux événements. Ils m'attristent profondément. Comme toute situation où on empêche les gens de vivre et d'être simplement eux-mêmes ! Dans quel monde vit-on, où l'on ne peut pas porter les cheveux que l'on a naturellement ?

 

L'intolérance est probablement ce qui m'afflige le plus dans le monde. Que ce soit lié à la couleur, à la sexualité, à la religion.

 

Qu'on laisse les gens vivre, bordel de merde ! (oui je dis des gros mots, m'en fous).

 

Qu'est-ce que ça vous fait à vous, que les gens soient comme ils sont ?

 

Pour vaincre l'intolérance, il est important de promouvoir des exemples de tolérance, d'affirmer qu'on n'est pas d'accord, et d'élever la voix quand l'injustice se montre.

 

Je pourrais écrire un pamphlet sur tout ce qui m'horripile, mais à la place, je communique à chacun en lui disant qu'il peut et doit être qui il est - et par conséquent accepter l'autre pour qui il est. Sans ça on ne peut pas s'en sortir. 

 

Penses-tu qu’il y a une réelle prise de conscience, un changement de mentalité chez les femmes noires ou métissées vis-à-vis du fait de rester ou non au naturel ? Chez celles que tu côtoies, notes-tu un plus grand questionnement sur, par exemple, les dangers du défrisage, l’absence d’études concernant les effets des produits qu’il contient sur l’organisme (3) ? Voient-elles le naturel comme un effet de mode ?

 

Dans mon entourage, je ne connais aucune femme qui voit le naturel comme un effet de mode. Et j'en connais de nombreuses qui ont fait la transition.

 

En général cela vient d'un besoin soit très pratique de ne plus se brûler le crâne avec des produits chimiques (mon cas !), soit d'un besoin d'affirmer son identité et de simplement ne pas avoir à cacher sa vraie nature. Aussi les cheveux défrisés sont vite abimés - l'envie d'avoir des cheveux plus beaux et en meilleure santé doit jouer aussi.

 

Il y a peut-être également un ras le bol de devoir se conformer à quelque chose qui ne nous correspond pas naturellement. La flemme quoi, de se faire défriser tous les trois mois. On ne sait même plus pourquoi on le fait, au bon d'un moment. Si ça n'a pas de sens pour nous, pourquoi continuer ?

 

Je connais aussi de nombreuses femmes qui choisissent de se défriser car elles se préfèrent comme ça. Elles prennent soin de leurs cheveux défrisés et c'est leur façon à elle de s'affirmer. Chacune a ses raisons.

 

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

 

Tu n'es pas la première à m'aborder pour discuter de mes cheveux :-) Et là, j'ai dit oui et j'en suis heureuse. Nos cheveux, notre physique sont notre identité. Et accepter notre apparence est tout aussi important que d'accepter nos qualités intérieures, nos défauts, nos peurs, nos incohérences.

 

Tu me permets de faire passer mon message, différemment, alors merci !

 

Merci de tes réponses !

 

Je vous invite à visiter le site de Lyvia, http://lyviadebloque.com/, vous y trouverez une foule d’articles inspirants qui vous donneront envie de booster votre quotidien et de donner vie à vos désirs de changement. Lyvia propose un programme gratuit 'http://lyviadebloque.com/sortirducadre, 14 jours pour réveiller votre créativité, lever vos blocages et passer à l’action !

 

 

 

(1) A Pretoria, elles se battent pour garder leurs cheveux naturels

(2) Le stewart avait été mis à pied pour sa coiffure

(3) Défrisage et fibromes utérins

 

 

 

 

 

 

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Crépue sans contraintes en version PDF
Prix : 3.99 €

 

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14/10/2016
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