Cheveux crépus, arrêtons le massacre !

Ngo, La Crépue

Sous le nom de Sandra Ganneval, Miss Grain de Poivre écrit également des romans et des nouvelles que vous pouvez retrouver à cette adresse :

//sandra-ganneval.blog4ever.com/

 

 

 

Il y a quelques mois de cela, j’ai découvert, au fil de Facebook, les vidéos de « La Crépue » et bien sûr, j’ai craqué.

 

C’est drôle, avec un petit côté fou mais tellement réaliste.

 

Si vous avez les cheveux crépus, que vous leur avez longtemps fait la guerre, que vous voulez les arborer au naturel, vous vous retrouverez dans les vidéos de « La Crépue ». Elle met en scène nos petits défis quotidiens liés à nos cheveux avec un naturel déconcertant.

 

 

J’ai retrouvé « La Crépue » sur sa page Facebook à l’occasion du lancement de sa campagne de crowfunding et j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette jeune femme à l’humour corrosif.

 

D’origine camerounaise, Ngo est comédienne et auteure. Elle y est arrivée par un chemin détournée puisqu’elle a une formation en informatique. Elle a toujours été passionnée de théâtre et son métier ne l’a pas empêchée de se consacrer à cette passion qui, finalement, l’a rattrapée puisqu’aujourd’hui, elle est auteure et comédienne à temps plein. Formée au théâtre classique, elle a fait ses armes en jouant  « Antigone » de Sophocle. Elle a adoré cette expérience et poussée par le désir de remonter sur les planches le plus vite possible, elle a décidé à « faire son propre truc ». Ainsi est née « La crépue » qui, à la base,  est  un one woman show.

 

L’idée de « La Crépue » lui est venue après avoir joué dans un spectacle qui parlait de célibat. Elle a eu envie d’écrire son propre scénario mais elle « voulait marquer, trouver un personnage drôle mais avec de la profondeur » dans l’optique de se « différencier. »

 

Elle avait, depuis longtemps, envie de parler de cheveux crépus et de créer un personnage de femme noire qui ne soit pas une caricature, qui soit à la fois « identifiant et valorisant », elle insiste sur ces deux adjectifs,  bref une « nana noire lambda » qui s'adresse au grand public c'est-à-dire à tous quelle que soit la couleur de la peau

 

 

 

C’est l’occasion pour moi de l’inviter à me parler de sa rencontre avec l’association « Sciences Curl », créée par des jeunes femmes noires ou métissées étudiantes à Science Po. Lors de leurs recherches de stage ou d’emploi, elles sont confrontées à une discrimination liée à leur physique et de fait à leur chevelure. Ngo était allée à l’une de leur conférence et, de fil en aiguille, a été invitée à intervenir lors de l’une de leurs manifestations après avoir rencontré la présidente de l’association. Elle a trouvé passionnant de voir le cheveu crépu valorisé à un endroit où l’on ne s’y attend pas. Elle a été ravie d’y aller, de participer, d’échanger. Il s’avère que chacune de ces jeunes femmes s’est posé la question de la façon de présenter sa chevelure avant d’aller à un entretien, consciente que cela pouvait être un élément discriminant. Pour en savoir plus sur cette association, je vous invite à lire cet article.

 

Ngo, quant à elle, a, comme nous toutes, d’ailleurs, un rapport particulier à ses cheveux qu’elle me détaille.

 

Ses cheveux ont été défrisés seulement deux fois. La première quand elle était enfant et la seconde alors qu’elle était déjà adulte ; cette fois là, ils ont été abîmés et sont tombés. Garder ses cheveux crépus, c’est, pour elle, « faire une démarche où je me réapproprie ma chevelure en la montrant au lieu de tout le temps la cacher ». Même si, durant presque toute sa vie, elle a gardé ses cheveux au naturel, elle a longtemps été adepte des extensions.

 

J’ai voulu savoir si elle avait suivi un atelier capillaire afin d’acquérir les bons gestes pour entretenir ses cheveux. Elle n’en a pas suivi mais évoque un souvenir : « Ma mère me coiffait les cheveux tous les dimanches. » Après la chute liée au défrisage, pour les « relancer », elle les a tressés au fil, reprenant ainsi des gestes maternels. Elle a aussi regardé beaucoup de vidéos de bloggeuses beauté et trouve que ces vidéos sont d’excellents outils d’apprentissage.

 

Elle précise que le défrisage n’a jamais été son truc. Elle tente de respecter son corps, de lui apporter aliments et soins les plus sains possible. Précisions importantes : Ngo est adepte du bio et ne fume pas.

 

Lorsque nous abordons la question de sa routine capillaire, elle commence par me préciser qu’elle s’applique à boire beaucoup d’eau chaque jour ; bien s’hydrater, c’est un premier geste de beauté indispensable pour elle, geste simple au quotidien qui retentit sur la santé de sa chevelure.

 

Elle fait un masque capillaire une fois par semaine, utilisant la marque « Douce Nature » qu’elle trouve chez Naturalia. Elle utilise aussi leur après-shampooing. Elle privilégie les produits certifiés Nature et Progrès, ce logo garantissant la qualité des produits utilisés (à la fois bios et écolos) et présentant de plus, un bon rapport qualité/prix.

 

Si elle sent que ses cheveux en ont besoin et qu’elle en a le temps, avant le shampooing, elle leur offre un bain d’huile de ricin puis, elle laisse poser son shampooing 2 minutes.

 

Après le rinçage, elle vaporise d’eau minérale avant de procéder au coiffage. Ses produits phares sont l’huile d’amande douce ou d’avocat et le beurre de karité.

 

Elle a trouvé assez rapidement les produits bios qui lui convenaient.

 

Au passage, elle précise que ce qui l’a le plus aidé sur les blogs consacrés à l’entretien des cheveux crépus naturels, c’est de voir la liste des substances chimiques à éviter, cela lui a permis d’acheter tout de suite les bons produits.

 

Nous avons, ensuite, abordé le sujet délicat de la discrimination liée aux cheveux crépus. Ngo déclare n’avoir  jamais été confrontée à ce type de discrimination dans le cadre professionnel. « Ça m’a plutôt servi » dit-elle en faisant référence à son expérience théâtrale. « Ça a été un atout, c’est unique, rare et doit être porté en tant que tel ».

 

J’avais beaucoup ri et trouvé très pertinent son sketch où une jeune femme se présente à un entretien d’embauche avec son afro. Elle en a extrapolé le scénario en référence à tout ce qu’elle a pu entendre. Nous évoquons le fait que dans certains secteurs professionnels, à certains postes, les cheveux crépus seront plus facilement acceptés en l’état que dans d’autres et vient, bien sûr, la question du pourquoi. « Comment ça, mes cheveux ne font pas sérieux ! » pour reprendre une formule que j’affectionne.

 

 

Dans sa vie personnelle, ses cheveux n’ont jamais constitué un problème.

 

Ngo insiste sur le fait que le rapport que les femmes ont avec leurs cheveux crépus (et frisés et bouclés)vient de la société dans laquelle nous vivons. Il ne faut pas négliger ce rapport de force. Mais, le plus important, c’est l’amour de soi. « Une femme qui arrive, qui s’aime, qui est consciente de sa beauté, elle a de la force, de l'assurance, du charisme. C’est une histoire de force (rester au naturel), c’est une appropriation de soi » « J’encourage les femmes à être elles-mêmes jusqu’au bout de leurs cheveux. Et elles verront qu’au final, ça ne dérangera personne. »

 

Ngo pense qu’actuellement, il y a plus qu’une tendance à vouloir du bon. Les femmes sont au courant que le défrisage n’est pas sans risque pour leur santé, elles en sont de plus en plus conscientes. Il y a derrière le fait d’assumer ses cheveux crépus une démarche féministe, certainement. Il ne faut pas non plus négliger le fait que le défrisage est une vraie galère et que la beauté « saine » est très valorisée actuellement. Ngo évoque la tendance « nude » qui est en vogue depuis quelque temps, il s’agit de se mettre en beauté avec des produits discrets.

 

Notre entretien se termine et je demande à Ngo si elle souhaite ajouter quelque chose :

 

« Plus on est soi-même, plus on devient soi-même, plus on est bien. Cela n’a rien à voir avec le rejet de l’autre, le repli sur soi identitaire, c’est juste s’affirmer, être soi, avoir confiance en soi. Célébrer ce que l’on est. Je trouve ça beau, les cheveux crépus ! »

 

Pour finir, Ngo tient à rappeler que « La crépue »  ce sont de petits courts métrages qui nécessitent une vraie équipe de tournage, une équipe de professionnels comportant réalisateur, chef opérateur, ingénieur du son, chef électro, régie, direction de production, post production, acteurs….  Jusqu’à présent, le projet a été financé sur le bon vouloir, le bénévolat. Ngo s’est investie dans toutes les parties artistique et logistiques au point d’acheter ou de louer elle-même le matériel, la régie, les costumes et les décors nécessaires.

 

C’est un programme grand public et identifiant, valorisant et drôle et son souhait le plus cher est d’en faire une série qui passe sur une grand chaîne. Vous pouvez contribuer à ce rêve en participant financièrement à « La Crépue ». Selon le montant versé, vous pourrez même mettre votre grain de sel dans l’écriture des scénarios.

 

C’est la première fois qu’elle fait une campagne de crowfunding. Alors si vous avez envie de voir un jour sur les écrans, une héroïne arborant fièrement ses cheveux crépus, représentative des femmes noires ou métissées lambda, abordant nos soucis quotidiens et qui soit « un personnage identifiant et valorisant », n’hésitez pas, pour participer, c’est là !

 

 

Participer à la campagne de crowfunding de La Crépue

 

 

Merci à Ngo pour cet entretien téléphonique plein de chaleur humaine. Longue vie à « La Crépue » ! Clin d'œil

 

 

 

 

 

 

Si cet article vous a plu, vous êtes libre de le partager.

 

 

 

 

 

 

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05/05/2017
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