Cheveux crépus, arrêtons le massacre !

Peau noire, cheveux crépus, les ouvrages de référence.

"Peau noire, cheveux crépus, l'histoire d'une aliénation", par Juliette Smeralda, éditions Jasor, 2004.

 

 

 

Ce livre, écrit par une sociologue originaire de la Martinique, ne vous paraîtra peut-être pas très facile d'accès. Ne vous arrêtez pas au résumé qui est un peu indigeste, je trouve. Ce travail original mérite d'être lu avec attention. D'autant plus qu'il a déclenché une vive polémique lors de sa parution. Qu'est-ce qui se cache derrière la pratique du défrisage ? Ne peut-on y voir, comme l'affirment de nombreuses utilisatrices, qu'un effet de mode ? Prenant appui, en particulier, sur des travaux de sociologues, sur des textes historiques, sur des enquêtes qu'elle a elle-même réalisées, l'auteur nous propose de décortiquer ce véritable phénomène de société et nous en donne une vision dérangeante qui nous pousse à redéfinir nos choix esthétiques en tant que femme noire ou métissée.  

Présentation de l'éditeur

S'intéresser au binôme cheveu (crépu)/peau (noire) pour révéler les lieux de passage de la domination ethnoculturelle d'un groupe par un autre est dicté par le souci d'adopter - dans le traitement de la problématique complexe de l'imitation et/ou de l'emprunt interculturel - une démarche empirique qui donne à voir l'empreinte, sur le corps et le cheveu des dominés, des modalités concrètes de l'exercice de l'influence des dominants, que l'on aurait objectivement un peu plus de mal à cerner, à travers la seule étude de leur discours. Outre de devoir s'ajuster en permanence aux évolutions sociales qui s'imposent à eux, les dominés, privés de projet de société et de modèle de développement autocentré, se voient condamner à se remorquer à un développement exogène, qui ne leur laisse de choix qu'entre l'emprunt et l'imitation de traits socioculturels non adaptés à leurs spécificités raciales et culturelles, mais qui les aident cependant à ne pas être exclus de " la marche du monde ". Aussi, dans les sociétés issues de la colonisation, des phénomènes de mimétisme comportemental et culturel ont-ils vu le jour, qui ont été caractérisés en terme de dénaturation (par rapport aux références raciales et culturelles initiales des populations africaines mises en esclavage ou asservies sur leur territoire même), avant de faire l'objet d'une stigmatisation en termes assez systématique d'aliénation culturelle. Les études et analyses portant sur cette aliénation ont moins exploré les modalités et manifestations somatologiques (physiologiques) de pratiques esthétiques que l'on n'a pas manqué de qualifier de mimétiques, mais qui ne peuvent s'appréhender hors le contexte de la société de consommation occidentalisée qui s'impose à la planète tout entière, et qui pousse à décloisonner les significations proprement culturelles prêtées à ces phénomènes, sans pour autant les affranchir d'une lecture en terme d'influence de la culture occidentale dominante sur les cultures dominées.

Biographie de l'auteur

Juliette Sméralda est docteur en sociologie, actuellement Attachée Temporaire d'Enseignement et de Recherche (ATER) à l'université Marc Bloch, Strasbourg II. La sociologie de la dominance et l'interculturalité sont ses domaines de recherche.

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"Going natural, how to fall in love with nappy hair", par Mireille Liong-A-Kong, éditions Sabi Wiri Press, Brooklyn, NY, 2004.

 

Il existe plusieurs ouvrages en anglais consacrés à l'entretien des cheveux crépus au naturel. Cette langue n'a jamais été mon fort, mais, bon, le vocabulaire étant spécifique, je me suis enfin décidée à me lancer dans la laborieuse lecture d'un premier ouvrage dans la langue de Shakespeare. J'avais commandé « No lye » dont j'ai lu beaucoup de bien sur le forum « Boucles et cotons » mais la livraison en a été annulée. J'ai donc choisi un autre livre :

 

« Going natural, how to fall in love with nappy hair ». L'auteur s'appelle Mireille Liong-A-Kong.

 

Elle a créé les sites « going-natural.com » et « kroeshaar.com ». Elle est originaire du Surinam. Son livre a, corrigez-moi si j'ai mal compris, d'abord été édité en néerlandais avant d'être traduit en anglais. Elle raconte dans l'introduction son parcours de naturelle qui ressemble à celui de beaucoup d'autres. Son premier défrisage date de ses quatorze ans. Elle l'a fait pour avoir l'air plus mûre mais cela n'allait pas sans inconvénients car malgré le défrisage ses cheveux avaient tendance à refriser et à gonfler avec l'humidité. Ayant changé d'environnement climatique, elle est confrontée à leur casse et croyant limiter les dégâts, commence à porter des extensions tout en continuant par intermittence à les défriser. Désespérée par l'état de ses cheveux, elle décide de renoncer à ce traitement et tient le coup pendant une année. Un jour, sa tresseuse lui ayant fait faux bond, elle doit reconnaître qu'elle est incapable de se faire seule une coiffure lui paraissant convenable avec ses cheveux non défrisés et se retrouve de nouveau dans un salon de coiffure, pour avoir une tête « présentable », le lendemain, sur son lieu de travail. Cette dernière expérience du défrisage l'a incitée à une remise en question totale de son rapport à ses cheveux. Elle décide de se documenter un maximum et d'apprendre à entretenir et coiffer sa crinière. Il s'agit d'un livre très technique. Il existe une littérature anglophone assez complète consacrée à l'entretien des cheveux crépus au naturel à laquelle elle s'est référée.

 

Pour en savoir plus, cliquez ci-dessous.

 

 

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« Du cheveu défrisé au cheveu crépu, de la désidentification à la revendication », Juliette Smeralda, éditions Anibwe, 2007

Dans cet ouvrage, qui n'est pas, précise l'auteur, une suite à « Peau noire, cheveux crépus, l'histoire d'une aliénation », elle poursuit le travail de recherche présenté dans son ouvrage précédent. Elle nous propose de lire les témoignages de trois générations d'antillais matérialisées par Roger Parsemain, Martiniquais, romancier, poète ; Milka Valentin-Humbert, maîtresse de conférence en Espagnol, Université des Antilles Guyane, Martinique ; Aline Tacite, membre fondatrice du salon Boucles d'Ebène et directrice du salon pour les éditions 2005 et 2006 ; Micaela, 33 ans ; Gai Eleanor Constable, professeur certifié d'anglais. Le premier nous livre ses souvenirs de la façon dont étaient considérées, en 1960, les femmes ayant recours au défrisage à chaud. Elles étaient autant moquées lorsqu'elles avaient le cheveu crépu que lorsqu'elles tentaient par ce moyen de le lisser. Les trois suivantes nous racontent comment elles ont décidé d'abandonner le défrisage. La dernière nous explique quelle jubilation elle a éprouvé en optant pour une coupe de cheveux à la garçonne. Au travers de ces récits, le mépris, le rejet pour la texture crépue apparaît nettement ainsi que tous les éléments d'ordre historique, sociologique et culturel qui en sont la cause.


Présentation

« Avez-vous remarqué ce qui se joue à travers le cheveu, dans les familles antillaises ? Bien des espoirs d'ascension sociale à travers la « dénégrification » sont placés dans la texture des boucles enfantines. Gare aux cheveux à « ti-zéro », les mamies n'aiment pas ça, et ne manqueront pas de vous comparer aux « beaux cheveux » de votre cousine plus claire, aux cheveux plus « plats », DONC plus fortunée que vous ! » Micaela

 

« Il nous est arrivé de plaisanter en pleine rue un camarade, en criant à tue-tête Pimpon, Pimpon ! Uniquement parce qu'il faisait causette avec une jeune fille au cheveu crépu. Aucune goujaterie ne nous rebutait.» Roger

 

« Parmi les raisons immédiates qui expliquent que les filles aspiraient tellement à avoir les cheveux lisses, figure l'attitude des garçons de l'époque, qui étaient d'une méchanceté sans limite. Ils n'hésitaient pas à vous traiter de « tet prèv », «zéro et zéro je retiens un », tet jex, lorsque vous aviez les cheveux crépus. Cependant lorsque nous les défrisions, ils s'amusaient à nos dépends en nous traitant de « kas an fè », de « chivé fri » ou « aérodrome ravet' », autant d'insultes, expression d'un mépris et d'un dénigrement qui faisaient leur chemin dans nos cerveaux d'adolescentes, et nous conduisaient inéluctablement vers le rejet de nous-mêmes, de tous nos attributs négroïdes sur lesquels nous apprenions, au quotidien, à poser un regard négatif. L'attitude stigmatisante des garçons à notre égard était responsable du conflit intérieur qui déchirait les jeunes filles que nous étions. » Milka

 

« Juliette Sméralda attire l'attention sur les conséquences pernicieuses de la consommation, par les petites filles noires, des objets ludiques telles les poupées occidentales aux cheveux blonds, aux yeux bleus et à la peau blanche. Les petites filles noires « finissent, selon elle, par s'identifier à ces objets ethniques, à force de les coiffer – geste par lequel elles s'habituent à la texture et à la couleur du cheveu lisse et long –, alors qu'elles ne bénéficient d'aucune expérience parallèle, qui les habituerait à la manipulation de la texture crépue de leurs propres cheveux crépus ou frisés ». Yves

 

« Après analyse de mon parcours, il m'apparaît qu'aimer son cheveu n'est pas un acte spontané, mais un apprentissage. Aujourd'hui c'est un acquis pour moi. Grâce à cela, j'ai finalement pu dépasser le processus d'aliénation dans lequel j'étais prise, et suis aujourd'hui à l'aise avec mon image et beaucoup mieux "dans ma peau". » Aline

 

Juliette Smeralda, sociologue, enseignante, chercheure

 

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"Blanchissez-moi tous ces nègres", Serge Bilé, éditions Pascal Galaudé, 2010

 

 

Serge Bilé s'était déjà attaqué à "La légende du sexe surdimensionné des Noirs,

 

 

il avait aussi fait une recherche très intéressante sur la situation oubliée des "Noirs dans les camps nazis",

 

 

cette fois, il s'empare d'un sujet régulièrement abordé par les médias, souvent par le même angle. A savoir, que les Noir(e)s qui se blanchissent la peau le font pour être mieux accepté(e)s, plus apprécié(e)s, trouver un mari ou du travail. On trouve les sources de cette pratique du blanchiment de la peau dans l'esclavage et la colonisation.

 

Serge Bilé a choisi un autre angle d'attaque. Les techniques de dépigmentation de la peau ont été inventées par des Blancs. Le choc de la rencontre entre Blancs et Noirs a donné lieu à de nombreux phantasmes, l'un d'eux étant que la couleur noire était une anomalie et pouvait être changée en blanc. On pouvait blanchir les nègres en utilisant des produits adéquats. De nombreuses expériences ont été menées dans ce sens et nous sont présentées par Serge Bilé : des substances à base de soude, des traitements aux rayons X et des potions "soi-disant" magiques. Ce travail permet d'avoir une autre vision d'un phénomène dramatique car il pose de réelles questions de santé publique. Malgré une réglementation, des produits éclaircissants toxiques sont vendus sous le manteau et provoquent des ravages chez leurs utilisateurs : odeur désagréable de la peau, défaut de cicatrisation suite à une opération chirurgicale, vergetures, véritable addiction car lorsque la personne cesse d'utiliser les produits sa peau se repigmente de manière anarchique...

Bien que ce livre soit intéressant et que je vous en recommande la lecture, j'ai été un peu déçue par la fin où, sur cinquante pages, nous avons les réponses de cinquante hommes à un questionnaire sur le pourquoi de leur pratique du blanchiment. Ces réponses livrées telles quelles sont fastidieuses à lire et ne sont pas analysées.

 


 

A propos de l'auteur :

 

Né en Côte-d'Ivoire, passé par une maîtrise d'allemand et l'ESJ de Lille, Serge Bilé est journaliste. D'abord à France 3 puis RFO, il produit et réalise aujourd'hui des documentaires sur le monde noir.

 

Thèmes historiques et rares : les Boni de Guyane, primé au Festival du Film de Montréal, Maurice, le saint noir, et plus récemment Une journée dans la vie de Marie-Madeleine.


En 1995, il fonde avec des amis martiniquais l'association Akwaba et met en place des échanges culturels et des vols charters directs entre Fort-de-France et Abidjan.

 

Ecrivain, il a publié le best-seller Noirs dans les camps nazis, et des essais à succès : Quand les Noirs avaient des esclaves blancs, ou encore La légende du sexe surdimensionné des Noirs.

 

Passionné de musique, il a également écrit pour de nombreux artistes. Il est l'auteur de la comédie musicale Soweto, sur la vie et le combat de Nelson Mandela, plébiscitée aux Antilles et au Casino de Paris.

 

Il a également contribué à la création du site : "Paroles d'esclavage" constitué de témoignages vidéos de personnes dont les parents ou les arrières grands-parents ont connu l'esclavage aux Antilles françaises. Paroles douloureuses et émouvantes.

 

Source : http://www.sergebile.com/?page_id=3

 

 

 

 

 

 

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23/05/2010
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